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Turo Mattila: Lutte contre les menaces hybrides: la coopération européenne complète les actions nationales

EU2019FIMinistère des affaires étrangères 18.12.2019 16.01
Édito

L'amélioration de la capacité de l'UE à lutter contre les interférences hybrides et le renforcement de la résilience de nos sociétés face à des menaces de sécurité en évolution constante sont deux des principaux objectifs de la présidence finlandaise.

La notion d'interférences hybrides fait référence à l'utilisation coordonnée de plusieurs moyens non-conventionnels en vue d'affaiblir les capacités opérationnelles et décisionnelles de la cible. Dans l'UE, la sécurité nationale relève de la compétence des États membres. Ces dernières années, plusieurs d'entre eux ont cependant dû faire face à des campagnes de désinformation, à des cyberattaques ou à des activités de renseignement hostiles, ce qui a augmenté la nécessité de renforcer la coopération.

Au cours de cette décennie, notre environnement de sécurité est devenu plus instable, et les utilisateurs de moyens hybrides cherchent à toujours mieux masquer leurs actions. Notre dépendance croissante aux technologies de communication modernes et la nécessité de protéger les fonctions critiques de nos sociétés ont également contribué au rapprochement des États membres: ils sont tous concernés par les mêmes menaces qui, en se réalisant, auraient des conséquences transfrontalières. Nous avons donc besoin de moyens communs pour lutter contre ces menaces.

Présidence finlandaise: une coopération plus concrète et plus diversifiée

Au début de la présidence finlandaise, le Conseil a établi un groupe de travail permanent sur la lutte contre les menaces hybrides, afin de de réunir les besoins et l'expertise en la matière de différents secteurs politiques. La présidence finlandaise a également organisé, dans quatre formations ministérielles, des discussions basées sur des scénarios afin de tester les capacités opérationnelles et décisionnelles des États membres face aux interférences hybrides.

Le travail effectué durant la présidence finlandaise a eu une conclusion bien méritée:  les ministres des États membres ont adopté des conclusions qui incluent les objectifs de la coopération à l'avenir.

Dans ces conclusions, le Conseil met l'accent sur une approche globale de la sécurité: une coopération étroite entre différentes autorités est indispensable pour pouvoir lutter contre les interférences hybrides et remédier à des vulnérabilités qui accentuent les risques y liés. D'après le Conseil, il convient de tenir compte du rôle du secteur privé et de la société civile.

Dans ces conclusions, le Conseil impose de nouvelles responsabilités concernant la protection des infrastructures critiques, en attirant notamment l'attention sur la nécessité de mettre à jour la législation européenne relative à ces infrastructures et de renforcer la sécurité du secteur financier. Le Conseil veut également renforcer la coopération en matière d'analyse du renseignement et d'appréciation de la situation pour faciliter l'identification des éventuelles interférences hybrides.

Selon les conclusions, les institutions européennes doivent aussi adopter des mesures visant à mieux protéger les systèmes informatiques et décisionnels. L'UE ne saurait être un acteur crédible en matière de politique étrangère et de sécurité si elle représentait une cible facile pour l'espionnage. Les droits et les libertés fondamentaux des citoyens doivent se trouver au cœur de toutes les actions.

Meilleurs garants de la sécurité dans une société: institutions démocratiques et confiance des citoyens

La lutte contre les menaces hybrides ne se limite pas à la capacité d'identifier et de prévenir les interférences hostiles; elle repose également sur l'efficacité des institutions démocratiques et sur la confiance des citoyens vis-à-vis de celles-ci. Le meilleur moyen de garantir la sécurité dans une société, c'est de s'assurer que la majorité des membres de cette société considèrent qu'elle mérite d'être défendue. Dans ce contexte, il n'existe pas beaucoup de place pour des tentatives d'interférence extérieure.

Les citoyens attendent que l'UE joue un rôle plus important dans l'architecture de la sécurité. La coopération menée au niveau européen ne remplace pas les actions nationales; elle les soutient et les complète. C'est pourquoi la présidence finlandaise a cherché à instaurer, au sein de l'UE, une pratique fondée sur une approche globale, selon laquelle le renforcement de la sécurité nécessite des efforts complexes et continus.

Si nous réussissons à renforcer la sécurité de nos citoyens, nous sommes plus crédibles, y compris au-delà des frontières de l'Europe.

Turo Mattila, président des groupes de travail du Conseil de l'UE sur la cyberpolitique et sur la lutte contre les menaces hybrides, Représentation permanente de la Finlande auprès de l'UE