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Outi Honkatukia: En montrant l'exemple et en restant fiable, l'UE peut devenir leader en matière de climat

EU2019FI 10.7.2019 11.33
Édito
Outi Honkatukia
Kuva: Olli Häkämies

Depuis l'adoption de l'accord de Paris, les leaders en matière de climat ont changé. Aujourd'hui, ce leadership est assumé par des petits États insulaires, par l'UE, la Chine et le Canada, par les villes, par les entreprises et même par les écoliers en grève. Il est donc possible de diriger la politique climatique sans forcément être une grande puissance. C'est une bonne nouvelle pour l'UE.

Signé en 2015, l'accord de Paris sur le climat fait preuve d'une coopération et d'une diplomatie climatique réussies. Il s'agit également d'un accord historique à plusieurs égards. C'est un accord international juridiquement contraignant qui renforce l'action mondiale et établit l'objectif commun à tous les États de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en-dessous de 2°C.

Il est possible que l'adoption de l'accord de Paris n'ait pas été possible dans un autre contexte politique que celui qui régnait en 2015. Un vent nouveau souffle aujourd'hui, ce qui nécessite un leadership plus fort, y compris de la part de l'Union européenne.

L'UE, indéniablement leader de la mise en œuvre des engagements

Dans l'UE, la déconnexion entre croissance économique et émissions s'est déjà réalisée. Cela veut dire que l'UE a réduit ses émissions tout en assurant une croissance économique continue. L'UE est indéniablement le leader de la mise en œuvre des engagements: les réductions d'émissions de l'UE suivent bien le chemin pour parvenir à l'objectif à l'horizon 2020, et la législation établissant les objectifs pour 2030 est entrée en vigueur. L'action entreprise par l'UE démontre également que l'application de la législation permet d'adopter des objectifs encore plus ambitieux.

L'UE parle désormais d'une seule voix dans les négociations internationales sur le climat. Les États membres doivent toutefois se mettre d'accord avant d'entrer dans ces négociations. Les ministres de l'environnement adoptent les conclusions du Conseil, qui constituent le mandat de négociation de l'UE pour les sommets climatiques de l'ONU. Les avis divergents des États membres sont d'abord abordés au niveau des groupes de travail, tandis que la résolution des questions politiques plus complexes appartient aux ministres. Un compromis est évidemment nécessaire pour concilier les opinions divergentes de 28 États. Une partie des États membres souhaitent voir des conclusions du Conseil plus ambitieuses et soulignant le rôle de l'UE en tant que leader climatique, les autres préfèrent mettre en avant les actions mondiales et la compétitivité. Dans cette situation, la réponse n'est pas "l'un ou l'autre", mais plutôt "l'un et l'autre".

Les ministres chargés des questions relatives aux changements climatiques publieront le mandat de négociation de l'UE en temps utile avant le sommet climatique, qui se tiendra au Chili en décembre. L'UE annonce donc ouvertement et avant le début des négociations aux autres parties, quels sont ses objectifs et ce qu'elle est prête à accepter. L'ouverture et la transparence sont des valeurs importantes, mais le fait de révéler d'avance sa stratégie de négociations est-il vraiment le meilleur moyen d'atteindre ses objectifs? Les ministres de l'UE ne deviennent-ils pas de simples figurants lors des sommets climatiques de l'ONU, lorsque les positions sont déjà gravées dans le marbre sans aucune marge de négociation?

En ce qui concerne les négociations internationales sur le climat, l'atout de l'UE, c'est sa capacité à proposer des solutions et à jeter des ponts entre des groupes de pays ayant des vues différentes. En 2015, l'UE s'est alliée à des petits États insulaires et à des pays les moins avancés dans l'optique de parvenir à un accord fort et juridiquement contraignant, qui contiendrait des règles communes à tous et mettrait en place un mécanisme plus ambitieux en matière d'objectifs de réduction d'émissions. Les modalités d'application de l'accord de Paris, communes à toutes les parties, ont été adoptées lors du sommet de Katowice l'année dernière.

Les questions climatiques doivent être prises en compte dans toutes les politiques

L'UE veut renforcer l'intégration des questions climatiques dans différentes politiques. La diplomatie du climat n'a jamais été aussi importante. L'interconnexion entre les changements climatiques et la sécurité est mieux appréhendée. La politique en matière de climat et la politique commerciale sont fortement liées. Comme le montrent bien les clauses de l'accord avec le Mercosur, l'UE entend conclure de nouveaux accords commerciaux uniquement avec des pays qui se sont engagés dans la mise en œuvre de l'accord de Paris et de ses objectifs.

Le leadership de l'UE se traduit également par le financement de l'action climatique: l'UE s'est fortement engagée dans la mobilisation des fonds destinés aux actions climatiques dans les pays en développement, aujourd'hui et demain. En ce qui concerne les investissements, la transition vers une économie neutre en carbone est un défi de telle ampleur qu'il n'est ni possible, ni raisonnable de la financer uniquement par des ressources publiques. Par conséquent, l'UE met l'accent sur la cohérence des politiques et sur le rôle d'un environnement opérationnel approprié: soutenir des énergies renouvelables par les fonds d'aide au développement est un processus très lent et inefficace, si le pays concerné continue, lui, à encourager l'utilisation des énergies fossiles. L'UE s'efforce également d'assurer que les institutions internationales de financement du développement orientent leurs investissements énergétiques dans des sources renouvelables à la place des énergies fossiles. Les systèmes d'échange de quotas d'émission et les autres instruments fondés sur le marché contribuent à la réduction des émissions aux conditions du marché, mais il est clair que l'adaptation aux changements climatiques et l'action climatique dans les pays les moins avancés ne pourront progresser sans financement public.

L'UE est un partenaire de négociation fiable et concentré sur le sujet. La fiabilité repose sur le fait que l'UE réalise ses engagements en matière de réduction d'émissions et de financement. L'UE inscrit les objectifs de réduction d'émissions dans la législation et contrôle les progrès accomplis dans leur mise en œuvre. L'UE possède une longue expérience dans l'application des instruments de contrôle, y compris l'échange des quotas d'émission, et son savoir-faire pourrait être mieux utilisé à l'échelle mondiale. L'UE se concentre sur des questions de fond et peut ainsi paraître ennuyante – surtout si l'on compare avec d'autres partenaires de négociation plus animés – mais ce n'est pourtant pas un vice.

Les négociations sur le climat sont importantes, mais pas aussi importantes que la mise en œuvre des actions climatiques. Le rôle joué par des acteurs non-étatiques s'accentue lorsque les entreprises, les villes et les parties régionales poursuivent cette politique ambitieuse en matière de climat, tant à l'intérieur de l'UE qu'au-delà de ses frontières. En ce qui concerne la finalité à long terme de l'accord de Paris, les éléments déterminants sont le développement technologique, la compétitivité des énergies renouvelables, les décisions prises par les investisseurs et les consommateurs, ainsi que le marché. Il convient de se rappeler de cette évolution du monde réel dans le cadre des préparatifs pour la 25e conférence des parties, qui se tiendra à Santiago du Chili, ainsi que pour le sommet climatique de New York convenu par le Secrétaire général de l'ONU.

Outi Honkatukia, négociatrice en chef pour les questions climatiques, ministère de l’environnement