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Premier ministre Antti Rinne
Déclaration du Premier ministre Antti Rinne devant le Parlement finlandais sur la présidence finlandaise du Conseil de l'Union européenne

Secrétariat général du gouvernement 26.6.2019 18.18 | Publié en français le 26.6.2019 à 19.44
Speech
Pääministeri Rinne eduskunnassa täysistuntosalissa
Pääministeri Rinne eduskunnassa 26.6. Kuva: valtioneuvoston kanslia / Laura Kotila.

Madame la présidente,

Les racines de l'Union européenne se trouvent dans un continent ravagé et divisé par la guerre. Cependant, les fondateurs partageaient une vision commune et avaient foi en l'avenir. Les attentes à l'égard de la coopération européenne étaient grandes, car la paix et la stabilité de tout un continent, l'unité de l'Europe, étaient en jeu.

Pendant des décennies, l'UE a été à la hauteur de ces attentes.La coopération européenne s'est renforcée au fur et à mesure que les États membres ont compris que l'union fait la force. Cette coopération multinationale unique est sans équivalent au monde.

Unique. C'est le mot qui décrit le mieux l'histoire européenne.

Aujourd'hui, quand des Allemands traversent la frontière afin de rendre visite à leurs amis en France, il est difficile de croire que ces deux pays se sont affrontés deux fois durant le 20e siècle, dans des guerres violentes et sanglantes.

Dans ce continent qu'un mur et des barbelés divisaient il y a seulement 30 ans, une génération complète, qui ne connaît que la libre circulation, est née et a grandi.

Ce continent, qui a vécu les atrocités du totalitarisme et des guerres, et qui a été témoin d'un terrible génocide il y a 80 ans, se trouve aujourd'hui au premier rang mondial des défenseurs de la démocratie et de la paix.

Notre histoire unique est source de fierté, mais elle engendre aussi de grandes responsabilités, car l'UE fait maintenant l'objet de nouvelles attentes. Garantir la stabilité et la paix se trouvent toujours au cœur des actions de l'UE, mais d'autres questions majeures touchant l'humanité attendent également des réponses.

Le ralentissement de la croissance économique en Europe a non seulement accru le chômage et les inégalités, mais il a aussi créé un terreau fertile pour le populisme et l'extrémisme. Les valeurs essentielles de l'UE – l'État de droit, les droits de l'homme et la démocratie – ont été remises en cause.

La sortie du Royaume Uni de l'UE a elle aussi mis à l'épreuve l'unité de l'Union. Le processus du Brexit a toutefois démontré que, s'agissant des questions complexes, il est préférable de chercher des solutions ensemble plutôt que de rester seul. Une fois de plus, nous avons dû nous rappeler qu'il n'existe pas de réponses simples aux questions difficiles. C'est ainsi, malgré ce que certains affirment de manière irresponsable.

L'UE est basée sur l'idée que la coopération multilatérale fondée sur des règles fait la force.

Un système, dans lequel les règles sont établies ensemble – pas selon la volonté unilatérale d'une partie plus forte ou plus grande – est dans l'intérêt d'un petit pays comme la Finlande.

Le meilleur moyen pour la Finlande pour le promouvoir, c'est de faire partie de l'UE. Je tiens à souligner que c'est à nous de décider si la Finlande est considérée comme un petit ou un grand État membre.

Plus nous serons actifs, plus grande sera notre image. C'est une question de toute première importance pour la Finlande.

Dans le tourbillon du système international, l'UE joue un rôle d'autant plus important dans la défense du multilatéralisme.

L'UE des années 2020 peut satisfaire aux attentes des citoyens en prenant la tête dans la recherche de solutions pour faire face aux défis majeurs de l'humanité.

Les changements climatiques constituent le principal défi, et, en ce qui concerne la lutte contre ces changements, la politique du "oui, mais" appartient au passé. Tant en Finlande qu'à l'échelle mondiale.

Madame la présidente,

En assumant la présidence du Conseil de l'UE, la Finlande influera sur l'avenir de l'Union. Cet avenir doit être socialement, économiquement et écologiquement durable.

Le slogan de notre présidence résume notre objectif: Europe durable – Avenir durable.

Assurer à l'UE le leadership mondial en matière de climat est une priorité essentielle de la présidence finlandaise.

Cela présuppose de s'engager à devenir climatiquement neutre avant 2050. L'objectif est de parvenir à un accord sur des éléments clés de ce plan au Conseil européen avant fin 2019.

Les mesures de lutte contre les changements climatiques doivent être socialement justes. Elles concerneront tous les secteurs de la société. Il convient de favoriser une croissance durable et de renforcer l'emploi, en particulier par le biais de la bioéconomie et de l'économie circulaire. Une politique industrielle active, ainsi que le développement du secteur des services et de l'économie numérique, ouvrent la voie à une économie d'une nouvelle ère.

C'est ainsi que l'UE pourra devenir la puissance économique à faibles émissions de carbone la plus compétitive et socialement la plus inclusive.

La durabilité constitue également une des valeurs communes de l'UE. Les droits de l'homme, la liberté, la démocratie, l'égalité et l'État de droit sont des valeurs pour lesquelles tout pays souhaitant adhérer à l'Union doit s'engager.

La Finlande veut renforcer et développer les instruments de l'UE pour la défense de l'État de droit. Nous devons trouver de moyens plus efficaces pour assurer le respect des valeurs communes dans l'UE. Il convient de poursuivre les négociations visant à identifier les outils qui permettraient de nouer des liens plus étroits entre l'obtention de fonds européens et le respect de l'État de droit.

Madame la présidente,

Le père fondateur de l'Union, Jean Monnet, a dit: "Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes." Les peuples et leurs besoins doivent être au cœur de la coopération européenne.  

L'UE fonctionne mieux lorsque le bien-être et la sécurité des citoyens sont garantis et les inégalités réduites.

La coopération au niveau de l'UE doit dissiper les craintes, ouvrir de nouvelles possibilités et donner foi en l'avenir aux personnes vivant dans ce monde en transformation. Elle doit donc poursuivre son histoire unique d'union pour les peuples.

Par conséquent, durant sa présidence, la Finlande mettra en avant le renforcement de la dimension sociale, ainsi que les investissements pour l'éducation et pour l'amélioration des connaissances.

Le marché intérieur est lui aussi un composant essentiel de l'UE, et il doit traiter tous les travailleurs de manière équitable. Le dumping social ne doit pas constituer un facteur de compétitivité. Il convient d'évaluer ensemble les besoins engendrés par de nouvelles formes d'emploi, et, le cas échéant, d'actualiser les règles concernées pour mieux répondre aux exigences de notre temps.

Le marché intérieur ne pourra fonctionner sans que son principe directeur – la libre circulation des personnes, des biens et des services – soit respecté. Les Européens doivent avoir le droit de se rendre dans un autre État membre afin d'y travailler.

De solides compétences forment la base pour la réussite des Européens. Il convient de renforcer les échanges d'étudiants et la coopération entre les établissements d'enseignement. Nous devons examiner la possibilité d'élaborer un modèle européen de "super-université", basé sur une mise en réseau, et de développer un système européen d'échange pour les chercheurs, un "Super Erasmus".

Madame la présidente,

Seule une UE suffisamment forte est capable de défendre les valeurs européennes et les intérêts des Européens dans le monde en évolution. L'UE doit être à la pointe de la défense des valeurs, ce qui nécessite une coopération et un dialogue actifs avec les partenaires à l'échelle internationale.

Le libre-échange fondé sur les règles nous aide à assurer que les règles du commerce international reflètent les aspects qui nous importent, comme le développement durable et les droits des travailleurs. Si l'UE ne participe pas à l'élaboration de ces règles, quelqu'un d'autre le fera.

Nous, Européens, nous ne sommes pas seuls au monde. Il est essentiel de soutenir la stabilité et le développement durable en Afrique, afin de pouvoir répondre aux défis posés par les changements climatiques, la croissance démographique et les migrations. La présidence finlandaise entend développer le partenariat UE-Afrique pour qu'il soit plus égalitaire et bénéfique pour les deux parties.

Les citoyens attendent également de l'UE la garantie d'une sécurité globale. Dans ce contexte, la sécurité numérique et la lutte contre les menaces hybrides jouent un rôle d'autant plus important.

Durant sa présidence, la Finlande a pour objectif de renforcer la lutte contre les menaces hybrides. Nous disposons d'excellentes compétences en la matière. L'établissement à Helsinki du centre d'excellence pour la lutte contre les menaces hybrides n'est que l'un des résultats obtenus jusqu'à présent grâce à cette coopération. La Finlande s'est donné pour objectif de fonder au sein du Conseil de l'UE un groupe de travail permanent sur la lutte contre les menaces hybrides. Sa mission serait d'améliorer la coordination des travaux entre différentes politiques.

Madame la présidente,

Juste avant le solstice d'été, le Conseil européen a adopté le plan contenant les priorités politiques de l'UE pour les cinq années à venir. Les nouvelles priorités montrent l'empreinte de la Finlande: une politique responsable en faveur du climat, le développement durable, la dimension sociale, la défense de l'État de droit, ainsi que la sécurité, tous des thèmes importants pour les citoyens. La Finlande sera la première présidence à mettre en œuvre ce plan.

On attend d'une présidence un leadership fort: d'être capable de négocier et de dégager des compromis. La préservation de l'unité de l'UE présente un intérêt pour tous.  

Il convient de se rappeler que la politique européenne est indissociable de la politique intérieure, et doit être régulièrement débattue par la Grande commission de ce parlement. La présidence finlandaise du Conseil de l'UE terminée, le gouvernement élaborera un rapport sur l'état des affaires européennes.

Madame la présidente,

Pour conclure, je tiens à rappeler une chose que nous avons parfois tendance à oublier.

S'agissant des points litigieux, on entend souvent dire que "là-bas", à l'Union européenne, "ils" ont pris telle ou telle décision. Dans les moments difficiles, on dit que l'UE devrait agir rapidement. Je veux faire remarquer à ceux qui disent cela qu'ils parlent d'eux-mêmes.

L'UE n'est pas là-bas. L'UE est ici.

L'UE, ce n'est pas ces gens, là-bas. L'UE, c'est nous.

Ce gouvernement s'engage à ce que la Finlande y joue un rôle actif.