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Matti Nissinen: Les ministres des affaires étrangères se réunissent à Helsinki à un tournant institutionnel

EU2019FIMinistère des affaires étrangères 27.8.2019 12.43
Édito

Au regard de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), la présidence finlandaise du Conseil de l'UE se déroule à un moment intéressant.

Si tout se passe comme prévu à l'automne, M. Josep Borrell, l'actuel ministre espagnol des affaires étrangères, succédera à l'italienne Federica Mogherini à la fonction de haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. M. Borrell dirigera le Service européen pour l'action extérieure. Il sera également le principal responsable de l'effectivité de la politique étrangère commune de l'UE pendant les cinq années à venir. L'entrée en fonction de la nouvelle Commission et du nouveau haut représentant est l'occasion d'examiner les pratiques existantes: comment développer la politique étrangère européenne et sa mise en œuvre?

La Finlande veut que le prochain haut représentant se voie convier un mandat clair des États membres pour faire progresser la politique étrangère de l'UE. Le haut représentant devrait également garder des contacts étroits avec les États membres, connaître les sensibilités nationales et veiller à la transparence du Service européen pour l'action étrangère.

De plus, plusieurs analyses suggèrent qu'il convient de mettre enfin en place un véritable système de remplacement pour le haut représentant. Il a par exemple été proposé que les ministres des affaires étrangères des États membres pourraient plus fréquemment remplacer le haut représentant sur la scène internationale. Le ministre finlandais des affaires étrangères, Pekka Haavisto, a tout récemment assumé ce rôle pour soutenir le Soudan sur la voie de la transition, et l'expérience s'est avérée positive.

Il est également essentiel de garantir au haut représentant un rôle fort en tant que coordinateur des politiques intérieures et extérieures de l'UE au sein de la Commission. L'Union européenne est un acteur international unique, car elle dispose d'une très large gamme d'outils par rapport à beaucoup d'autres. L'UE a un rôle important en matière de politique étrangère, mais aussi en matière de politique commerciale et de développement. Une coopération étroite entre ces secteurs politiques sera la clé du succès pour l'action internationale de l'UE.

La volonté politique d'agir ensemble est indispensable

L'incapacité de l'UE à utiliser pleinement son potentiel est un problème qui persiste depuis un certain temps déjà. La préparation de la politique extérieure de l'UE se fait toujours de manière fragmentée, et elle est également de plus en plus souvent marquée par le désaccord. Dans les affaires internationales, l'UE est souvent restée coincée dans ses différends internes au lieu d'agir au bon moment. Des États membres individuels ont désormais plus facilement tendance à bloquer l'action de l'UE en matière de PESC, sans même regretter rétrospectivement d'avoir paralysé ces activités.

Si le manque de cohérence est souvent dû aux divergences entre les États membres ou à la situation politique nationale de ceux-ci, l'UE devrait être capable de répondre aux tentatives d'influence venant de l'extérieur. Les tentatives d'influence des pays tiers ont pour objectif de creuser les clivages entre les États membres ainsi que de compromettre la capacité de l'UE de prendre des décisions et de mettre en œuvre la politique étrangère et de sécurité commune.

La volonté politique des États membres d'agir ensemble est un élément essentiel pour la réussite de la politique étrangère européenne.Celle-ci nécessitant l'unanimité, l'absence de cohérence rend sa réalisation très difficile. En ce qui concerne la politique étrangère, l'UE a certes des atouts en main. Toutefois, pour en tirer parti, il est indispensable de rétablir l'estime vis-à-vis de l'action commune, et les décideurs politiques doivent faire preuve d'une certaine détermination. Le cas échéant, l'UE doit également être capable de réformer ses processus de prise de décision.

Conformément à sa politique européenne à long terme, la Finlande est disposée à examiner les moyens d'accroitre l'efficacité du processus de la prise de décision en matière de PESC. La Finlande est d'avis que l'utilisation accrue du vote à la majorité qualifiée dans le domaine de la PESC renforcerait l'efficacité et la crédibilité de l'action extérieure de l'UE. Quant aux questions faisant l'objet de décisions à l'unanimité, les États membres pourraient avoir recours à "l'abstention constructive". Ainsi, toute l'action de l'UE ne serait pas bloquée si un État membre se retire de la prise de décision et de l'action proprement dite.

Étant donné les bouleversements de l'ordre international fondé sur des règles et le changement de l'équilibre des puissances, il est évident qu'il y a lieu de renforcer le rôle de l'UE. En cas de succès, l'UE pourra être le leader mondial de la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l'homme.

Le Gymnich permet de construire des bases solides pour la politique étrangère commune

Fin août, les ministres européens des affaires étrangères tiendront une réunion informelle, appelé "Gymnich", à Helsinki. Les ministres des affaires étrangères des pays des Balkans occidentaux ont été invités à participer à une partie de la réunion. 

Le nom "Gymnich" provient du nom d'un château allemand, où a eu lieu la première réunion informelle des ministres européens des affaires étrangères en 1974. Cette fois, les ministres des affaires étrangères se réunissent au Palais Finlandia. Lors des précédentes présidences finlandaises, en 1999 et en 2006, les réunions Gymnich ont été organisées respectivement à Saariselkä et à Lappeenranta.

Les réunions Gymnich sont présidées par le haut représentant, qui est également chargé d'établir les ordres du jour. L'État membre exerçant la présidence est, pour sa part, responsable de l'organisation pratique des réunions. Depuis plusieurs mois déjà, le ministère des affaires étrangères travaille en collaboration avec ses partenaires pour préparer la réunion Gymnich d'Helsinki.

Vu son caractère informel, le Gymnich permet aux ministres de débattre de manière confidentielle des questions d'actualité internationales. Même s'il est vrai qu'une réunion entre les ministres des vingt-huit États membres peut difficilement être qualifiée de conversation libre, le Gymnich représente l'une des rares occasions pour les ministres d'échanger plus librement et de construire ainsi les bases de la politique étrangère commune de l'UE. La Finlande veut contribuer au renforcement de ce dialogue. Promouvoir l'unité de l'UE constitue l'un des principaux objectifs de la présidence finlandaise.

Matti Nissinen, chef d'unité, unité de la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE, ministère des affaires étrangères