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Claus Lindroos: Toujours plus de personnes ont besoin d'une aide humanitaire – que peut faire l'UE?

EU2019FIMinistère des affaires étrangères 17.12.2019 14.35
Édito

Le rapport de l'ONU intitulé "Aperçu de la situation humanitaire mondiale 2020" n'est pas agréable à lire. Près de 168 millions de personnes dans une cinquantaine de pays ont besoin d'une aide d'urgence. Les besoins en termes de financement de l'aide humanitaire s'élèveront à environ 29 milliards de dollars en 2020. Ces chiffres risquent d'augmenter dans les années à venir. Les conflits sont à l'origine de la plupart de ces situations; mais les changements climatiques augmentent la probabilité de catastrophes naturelles et les dommages y liés.

La publication du rapport de l'ONU a coïncidé avec la dernière réunion du groupe "Aide humanitaire et aide alimentaire" (COHAFA). J'ai dirigé les travaux de ce groupe durant la présidence finlandaise. C'est donc le bon moment pour s'attarder un peu sur le rôle de l'UE en tant que fournisseur de l'aide humanitaire.

L'UE (les États membres et la Commission) est une véritable superpuissance du financement de l'aide humanitaire. Elle peut donc mieux faire entendre sa voix en la matière. La présidence finlandaise s'était fixé l'objectif de s'assurer que les ministres européens adoptent, lors de leur réunion du novembre, des messages forts concernant l'aide humanitaire. Cet objectif a été accompli: des conclusions adoptées orienteront et soutiendront l'action de l'UE dans les années à venir.

Relever les défis de l'aide humanitaire

Le statut du droit humanitaire s'est détérioré ces dernières années. Cela empire la situation des civils en cas de conflits. Par conséquent, la livraison de l'aide devient toujours plus incertaine, coûteuse et dangereuse. Cela va à l'encontre des conventions de Genève, signées il y a 70 ans, que l'UE s'est engagée à respecter et à promouvoir. Les mesures contre le terrorisme, qui en soi sont légitimes, posent un défi supplémentaire: dans certaines situations, ces mesures peuvent malheureusement restreindre l'action humanitaire qui se veut neutre et indépendante.

Il convient d'accorder une attention particulière à la quantité et la qualité du financement de l'aide. Il faut assurer la flexibilité, la prévisibilité et un niveau suffisant de financements pour que les organisations humanitaires puissent agir de manière plus efficace et opportune. Il faut également mieux tenir compte des besoins des populations les plus vulnérables. Cela vaut tant pour les femmes et les filles que pour les personnes handicapées. La présidence finlandaise a contribué à l'élaboration des nouvelles lignes directrices concernant la prise en compte des personnes handicapées dans des crises humanitaires. Ces lignes directrices orienteront les actions des principales organisations humanitaires.

Il faut par ailleurs renforcer les interactions entre la médiation en faveur de la paix et les mesures de stabilisation, d'une part, et l'aide humanitaire et la coopération au développement, d'autre part. Sinon, les besoins en aide humanitaire ne cesseront jamais d'augmenter. L'objectif de réduction des risques de catastrophes doit lui aussi être intégré de manière plus cohérente dans toute planification au niveau des sociétés.

L'aide humanitaire se base sur des valeurs communes

Les moyens d'aider plus rapidement et de manière plus efficace les personnes se trouvant dans des circonstances difficiles évoluent constamment. L'UE joue un rôle important à cet égard. Je me réjouis de voir que l'aide humanitaire continue à être fournie et développée malgré tous les défis existants.

L'aide humanitaire repose aussi fortement sur les valeurs fondamentales de l'UE: la solidarité, la défense des droits de l'homme et de la dignité humaine et le renforcement de la sécurité par le biais de la coopération. Dans les prochaines années, il est peu probable qu'un autre groupe d'États devienne un donateur et un promoteur du droit humanitaire aussi important fort que l'UE. L'UE est donc indispensable dans ce domaine aussi.

Les besoins financiers en matière d'aide humanitaire - 29 milliards de dollars l'année prochaine - sont énormes. Il faut cependant garder à l'esprit que ce n'est qu'une fraction des montants avalés par les opérations de guerre. À l'échelle mondiale, on dépense annuellement trois fois cette somme chaque année rien que pour acheter des glaces.

Claus Jerker Lindroos, directeur de l'unité de l'aide et de la politique humanitaires, ministère des affaires étrangères